Une délégation de Limousin Algérie à Mostaganem

(17 au 28 avril 09)


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Chaque séjour a son visage particulier. Cette année nous sommes deux à avoir pris l’avion pour l’Algérie, Jean Philippe et Bernard. Nous avons été très surpris par les nombreux signes d’attention dont nous allons bénéficier tout au long du séjour et en grande partie parce que Jean Philippe est mal voyant. C’est fort sympathique de voir quelqu’un vous faire signe pour vous éviter ces longues files d’attente à l’aéroport, de voir une main se tendre pour vous aider à traverser un passage piéton ou pour monter dans le bus.

Dès notre arrivée à Oran nous sommes pris en charge par nos amis de Mostaganem Mustapha et Kouider….Terminé les voyages en taxi, comme toutes les fois précédentes, car Mustapha qui enseigne à l’Université de Mostaganem, a désormais une voiture et nous allons en profiter largement pendant notre séjour.

Nos premiers rendez vous sont comme toujours avec nos amis de « l’Union des Aveugles de la Wilaya de Mostaganem »

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Nous nous rendons, dès le premier jour, au siège de l’association dans le quartier de Baymouth. Kouider nous accompagne. Nour Eddine président de l’Union des Aveugles nous attend avec Kader. L’accueil est très chaleureux et tout commence par l’échange des nouvelles, celles des membres de « Limousin Algérie » qu’ils connaissent, et à notre tour nouvelles des membres de leur association. Au nom de l’Association Limousin Algérie, nous leur remettons 12 tablettes pour l’apprentissage du braille avec les poinçons qui correspondent.

On nous remet un petit rapport des activités de leur association depuis sa fondation en 1971 jusqu’à aujourd’hui. Ils comptabilisent à ce jour 343 adhérents sur un effectif de 810 non voyants recensés sur la Wilaya de Mostaganem. « Nous ne demandons pas à être assistés, comme cela est écrit dans la préface de leur livret…nous demandons beaucoup de respect et plus de considération » Avec l’Union des Aveugles beaucoup sortent de leur isolement, sont aidés pour leur mariage et pour la scolarisation de leurs enfants, peuvent obtenir ces précieux objets que sont la canne blanche (187 l’ont obtenu par l’Union des Aveugles), la calculatrice parlante (140 bénéficiaires) la tablette en braille (57 bénéficiaires) ou encore les montres parlantes (340 bénéficiaires). Des non voyants, en collaboration avec des amis qui ne sont pas non voyants, exercent de vraies responsabilités comme par exemple l’apprentissage de l’outil informatique. Au siège de l’association, un atelier accueille chaque jour 8 personnes analphabètes non voyantes et Halima institutrice accompagne ces personnes dans leur apprentissage.


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La mise en place de ces cours quotidiens a trouvé un large écho. Nous avons perçu comme une luminosité intérieure chez ceux et celles qui découvrent grâce au braille leur capacité à s’exprimer et à découvrir le monde par les livres. Sûrement la détermination des animateurs (trices) puise dans cette source de joie, voir de jouvence de percevoir ces handicapés retrouver leur dignité d’être humain.

De même nous avons vu un handicapé moteur venu se mettre au service des non voyants pour les aider dans leurs achats. Enfin Mustapha enseignant la psychologie industrielle à l’université a proposé à quelques jeunes universitaires de travailler avec les aveugles. Ce sont en particulier 3 jeunes filles, parmi ses élèves, que nous avons pu rencontrer. Elles se sont attelées à l’étude des enquêtes proposées aux adhérents afin de mieux cerner les causes de leur non voyance. (Enquêtes auxquelles Jean Philippe a participé pour leur lancement) cette enquête lancée avec l’aide du laboratoire des Sciences de l’Education a permis d’approcher de plus près les profils des adhérents en terme de pathologie, de situation familiale et géographique. Il s’agit d’établir une « cartographie » de base afin de permettre la réalisation d’études plus poussées. Déjà il en ressort une véritable mise en accusation de la consanguinité. D’autres points noirs demeurent : ainsi l’intégration des enfants mal voyants dans des classes normales n’a pas pu se réaliser. Ils en parlent avec peine et colère de cette tentative avortée (sans doute par manque de préparation et de concertation) tentative afin d’intégrer des enfants mal ou non voyants dans des structures scolaires traditionnelles. Sur ce point la sensibilité de Jean Philippe est très vive, puisqu’il est papa d’un petit garçon mal voyant et qu’une enseignante de Toulouse s’est permis de lui dire que la présence de son garçon, dans une classe normale, pourrait causer une gêne pour les autres enfants. Il a relevé le traumatisme que représente, pour ces jeunes mostaganémois, le fait d’avoir perdu une année scolaire et l’obligation de réintégrer une école spécialisée…


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Pouvionsnous en rester là ? Nour Eddine le président souhaitait nous faire découvrir l’Ecole pour Jeunes Aveugles d’Oran.


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C’est dans cette école qu’il a reçu sa formation et un des objectifs de l’Union des Aveugles de Mostaganem, c’est de faire en sorte qu’un jour il y ait la même école à Mostaganem. Cet établissement aujourd’hui étatique, était tenu par des soeurs avant l’indépendance. Il accueille 83 malvoyants et à partir du lycée, les jeunes doivent poursuivre leur formation en intégrant un lycée oranais. Ce serait sans doute un peu fastidieux de vous décrire la visite détaillée de cette école. Son directeur nous a longuement parlé des parents de ces jeunes et tout particulièrement de la détresse des familles qui ont en charge un jeune non ou malvoyant. « Chez nous il n’y a pas de service sociaux, et les parents sont livrés à euxmêmes. Ainsi à Oran une famille directement concernée ignorait l’existence de notre école. Nous avons proposé qu’un jeune mal voyant soit déclaré dès la naissance et qu’on puisse ainsi convoquer les parents »

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Puisque nous étions à Oran, nous tenions beaucoup à rendre visite à notre ami Alphonse Georger. Ce dernier est évêque de ce grand diocèse d’Oran et il nous avait invités pour le repas de midi. Mustapha et Nour Eddine découvraient ainsi le Centre Pierre Claverie avec son importante bibliothèque scolaire et Alphonse offrit à Mustapha son livre qui relate au jour le jour ce qu’il a vécu pendant la guerre d’Algérie. Sa responsabilité le met très en lien avec les chrétiens de son diocèse et en particulier avec nos amis maristes du quartier Derb de Mostaganem. Ils sont trois Arturo, Xema et Jean Louis à vivre ici depuis 2004. On les sent heureux de partager la vie simple des habitants de ce quartier et heureux d’accueillir pendant la semaine une vingtaine d’étudiants chrétiens pour la plupart originaires d’Afrique noire. Ils s’intéressent beaucoup à ce que nous faisons et ils nous ont fait le plaisir de participer à la petite fête des 73 ans de Bernard.

Notre 2éme objectif revoir nos jeunes amis Diabétiques


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L’an passé nous en étions restés à leur projet, de créer une association autonome « Santé, Avenir, Jeunes diabétiques » (SAJD). Ils étaient en cela soutenus et encouragés par Kouider. Mais ce projet n’a pas pu se réaliser…..Il demeure extrêmement difficile pour des jeunes ou des moins jeunes, s’ils ne sont pas dans la mouvance du pouvoir, de créer une association.

A la première rencontre au siège de l’Association des Diabétiques, la responsable madame Kheira Sebah, nos jeunes amis diabétiques Othman, Fadéla et Nadir, ainsi que Kouider, affirment à tour de rôle leur volonté de développer le groupe des jeunes diabétiques. Madame Sebah nous informe qu’elle est maintenant la responsable des « paramédicaux » pour l’ouest algérien. C’est à travers elle une reconnaissance du travail effectué par l’association, mais aussi une charge nouvelle à assumer. Les jeunes de leur côté souhaitent être davantage associés aux responsabilités. Pendant ce court séjour, nous allons participer à cette réflexion. Tout cela se fait dans une ambiance très conviviale.

Une autre fois tout le groupe va se retrouver dans la famille de Fadela pour partager un excellent couscous et quelques jours plus tard nous nous retrouvons à nouveau chez madame Sebah pour prendre le café accompagné de délicieuses pâtisseries maison ! Nous sommes très touchés par la joie de nos amis. On rit beaucoup et en même temps on travaille. Nous retenons leur grand souci d’informer et d’éduquer les jeunes et en particulier les jeunes femmes. Il s’agit en premier de les former à la gestion quotidienne de leur traitement, car beaucoup ne savent pas se traiter correctement. Il faut aussi permettre aux adhérents de dépasser le cadre de leur maladie, par l’organisation de sorties loisirs et la participation à des manifestations culturelles. Madame Sebah se réjouit de cette présence de jeunes conscients et motivés.


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Elle insiste sur la nécessité de mener à bien des campagnes de sensibilisations pour prévenir et démystifier le diabète avec notamment la création d'un semi marathon pour les malades. Elle et nos amis diabétiques remercient « Limousin Algérie » et tout particulièrement Joëlle infirmière en diabétologie au CHU, pour le matériel de soin que nous venions de leur remettre.

Les jeunes demandent qu’on leur fasse confiance. Ils verraient bien que Fadéla soit davantage responsable de la communication à l’intérieur du groupe jeunes et à l’extérieur. Des propositions sont faites pour établir des liens avec les jeunes aveugles, les jeunes de Sidi Lakhdar avec lesquels pourrait être créé un groupe de jeunes diabétiques, sans oublier le théâtre de la Moudja qui les a fortement impressionnés. « J’ai été frappé, dit Othman, par l’ambiance qui règne dans ce théâtre, ce sont vraiment des frères et des soeurs ! J’aimerais que ce soit la même chose pour nous. » Les idées ne manquent pas. « Les clubs sportifs n’acceptent jamais les jeunes diabétiques, ajoute Othman, pourquoi ne pas créer une section sport ! » Du coup le groupe verrait bien que Othman soit leur porte parole.

Kouider parle peu, mais nous le sentons très attentif à toutes ces propositions et quand il intervient c’est pour encourager tout ce qui va dans le sens de l’ouverture….ouverture du groupe jeunes aussi à des jeunes non diabétiques comme Linda qui les a rejoint il y a un an et qui voudrait rester. « C’est fabuleux ce que vous êtes en train de faire, s’écrie Jean Philippe, fabuleux votre volonté de prendre en charge votre diabète avec cette idée d’éducation et je vois la même volonté chez nos amis de « L’Union des Aveugles », fabuleux aussi la manière dont vous voulez prendre en main votre groupe jeunes et pour cela vous allez vous donner des outils. »

Avec nos amis du Théâtre El Moudja


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Depuis 2003 où nous avons commencé à découvrir Mostaganem et ses environs, nous nous offrons toujours le plaisir d’une visite au petit théâtre El Moudja. Quand on parcourt la rue qui longe la mer dans le quartier de la Salamandre, on devine à peine l’entrée du théâtre. Seuls les habitués savent qu’il y a ici un lieu de création et d’animation théâtrale tout à fait exceptionnel. Tout a commencé il y a une bonne trentaine d’année avec Djilali qui porte en lui la passion du théâtre et l’intime conviction qu’il y a là un lieu unique de formation, de culture, et d’éveil à la solidarité. Il est avec sa fille Khaoula l’âme de ce lieu. Il nous surprend à la fois par son humilité, son amour et parfois son impatience. Il dérange parce qu’il va à la pêche de gamins ou gamines en difficulté. Il nous confie simplement que ce théâtre a transformé des apprentis voyous en comédiens amateurs mais aussi en professionnel de l’art. Nous avons eu deux rencontres avec ces jeunes comédiens. La soeur de Khaoula est enthousiaste pour nous dire comment ensemble ils se sont mis debout, leur joie de créer et de mettre en scène leur création, l’esprit de solidarité qui règne entre eux et enfin l’ouverture sur le monde que cela leur procure.


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Ils voulaient savoir où en était notre projet de susciter une rencontre entre jeunes de Limoges et d’ici. L’an passé ce projet, présenté par Hamid et Bruno, avait été accueilli très favorablement par El Moudja. Nous les informons des difficultés que rencontrent les associations de nos quartiers (budgets de plus en plus restreints) pour mettre en oeuvre de tels projets et qu’il nous faudra plus de temps que prévu.

De leur côté les difficultés ne manquent pas non plus. Ce petit théâtre en bord de mer avec une scène qui donne l’impression d’être portée par les vagues est pratiquement condamné à disparaître. Bientôt le port de Mostaganem va engloutir ce vieux quartier de la Salamandre et les pétitions, les appels multiples sont de peu de poids devant les décisions prises par les plus hautes autorités de la Wilaya. Nos amis de El Moudja ont dû déjà traverser bien des tempêtes, et la menace qui pèse sur leur implantation n’entame en rien leur passion du théâtre. Il y a 4 ans une jeune comédienne a été brûlée vive par son frère. Dans certains milieux conservateurs c’est très mal vu pour une jeune fille de monter sur la scène. « Nous sommes restés un an sans pouvoir réagir, et puis nous nous sommes dit il faut réagir » C’est ce que nous ont dit nos jeunes artistes et réagir c’est travailler sans relâche pour continuer de jouer aussi bien à Mostaganem qu’à travers le continent africain ou à la découverte de l’Europe. Cela leur a permis aussi de s’enrichir dans cette rencontre de l’autre différent par sa culture, son mode de pensée, ses us et coutumes. « Vous portez en vous, leur a dit Jean Philippe, cette capacité de fédérer les forces les plus diverses pour tendre vers le beau »

Une nouvelle journée à Sidi Lakhdar.


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Chaque année nous sommes invités par nos amis de Sidi Lakhdar. Il y a environ 50km à parcourir en longeant l’océan en direction de Ténès. En Algérie cette petite ville est surtout connue comme un lieu de pèlerinage important. Ils sont nombreux à venir se recueillir sur la tombe de ce « saint » qui demeure un exemple de sagesse et de droiture pour beaucoup de musulmans. Mais nous ne venons pas ici pour les mêmes motifs, même si à chaque fois nous faisons une visite au mausolée tout proche de la ville. En effet Bernard, au cours de sa première visite ici durant l’été 2004, fut très surpris de voir dans les rues un grand nombre de voitures portant l’immatriculation de la Haute Vienne (département de Limoges) et nous avions donc le désir de connaître cette grande commune où beaucoup de nos amis d’origine algérienne, résidant à Limoges, ont leur racine. Il faut du temps pour s’apprivoiser. Au début nos contacts ont été davantage avec les responsables de l’APC, mais ces contacts sont demeurés très formels. Aidés par Mustapha et Kouider nous avons un jour rencontré, dans l’ancienne église devenue bibliothèque et lieu de culture, une petite équipe de jeunes artistes habités par le désir de faire revivre leur commune, par des expositions, des rencontres et l’animation du grand pèlerinage au mausolée vers la fin août. Nous avions rencontrés l’OLT (Office Local du Tourisme). Parmi eux quelques uns sont devenus des amis et chaque année nous avons beaucoup de plaisir à nous retrouver accueillis par les uns et les autres, comme si nous étions de la famille. Il y a Cheikh professeur d’arabe et passionné par le théâtre, Medhi qui enseigne les arts plastiques, Ismaïl le plus jeune d’entre eux qui a fait des études de langue assez poussées et donne des cours de français et Hadj l’aîné qui aime écrire et peindre. Hadj l’an passé nous avait annoncé qu’il écrivait un ouvrage sur la vie quotidienne dans les familles rurales entre les années 57 et 62 et tout cela à partir de ses souvenirs d’enfance.

Le jeudi 23 avril Jean Philippe et Bernard accompagnés de leurs amis de Mostaganem sont accueillis à Sidi Lakhdar. Notre première étape est dans la famille d’Ismaïl pour prendre le café et le thé. Ses parents ont de grosses épreuves de santé, sa maman a subi une nouvelle opération à la tête et son papa souffre en permanence de migraines dont on n’arrive pas à déterminer les causes. Tout cela préoccupe Ismaïl qui rentre tout juste de Tizi Ouzou après avoir consulté un spécialiste pour son papa. Nous sommes très touchés de voir qu’ils se sont empressés de revenir pour nous accueillir. Notre 2éme étape est dans la famille de Hadj qui nous a préparé le repas de midi. La table du repas est magnifiquement décorée par sa fille aînée qui vient de terminer une formation hôtelière. Avant de commencer le repas Hadj nous présente sont livre qu’il vient de terminer. Nous prenons le temps en sa présence d’en lire quelques pages. A la fin du repas il est heureux de nous présenter son épouse et ses 6 enfants.


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Le titre est « Un passé simple plus que parfait » et les illustrations ont été réalisées par Medhi. Par petites touches successives, avec une écriture précise et poétique, Hadj descendant de Sidi Lakdar nous projette dans ce passé encore si proche. Il y a tout un travail de recherche sur luimême et sur une enfance très heureuse chez ses grandsparents malgré les bruits de la guerre qui arrivaient, sans trop les comprendre, aux oreilles du petit garçon d'alors. Nous sommes à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Hadj dépeint les scènes de la vie quotidienne. Au regard de l'histoire elles revêtent une grande importance pour comprendre la vie des simples citoyens de cette région d'Algérie. Au fil des pages vous trouvez la fabrication du pain, l'accueil des étrangers à la maison, toutes les tâches ménagères de sa grandmère, les scènes de battage, la cueillette des figues, la prière, etc. Hadj, réalise à la fois une oeuvre littéraire et un travail d'ethnologie de qualité. Un ouvrage capable de tisser des liens entre hier et aujourd'hui, entre jeunes algériens et jeunes français d'origine maghrébine mais aussi entre làbas et ici.


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A la reprise que nous faisons avec nos jeunes amis de Mostaganem accompagnés de Mustapha et Kouider, l’ouvrage de Hadj est ovationné par tous. Sa personnalité impressionne : 2 mots reviennent sur toutes les lèvres « courage et simplicité » Il nous a remis son livre afin de le transmettre à l’association « Limousin Algérie ». Il est actuellement entre les mains de plusieurs membres de l’Association qui en font leur lecture de vacance. Déjà nous nous posons ces questions : comment le diffuser ? En quoi ce livre peutil intéresser la communauté algérienne de Limoges ? Quelle diffusion aussi en Algérie où les responsables de la culture dans ce pays sont à la recherche de tout ce qui peut enrichir leur patrimoine ? Celui qui a fait bon nombre des illustrations, Medhi, voudrait exposer ses oeuvres.

Nos amis de Mostaganem s’engagent à l’aider et à entrer en contact avec la direction de la culture pour une éventuelle exposition. Mustapha et Kouider  mettent l’accent sur le partenariat qui se met en place progressivement entre ces divers acteurs « aveugles », « diabétiques », « théâtre El Moudja » et « Sidi Lakhdar ». « Qu’il y ait sur ce sujet, dit Mustapha, un débat entre les gens de Limoges et nous. »


Sans_titre_13Il nous faudrait aussi parler de notre visite du « Foyer des Personnes Agées » de Mostaganem que nous visitons pour la 2éme fois, parler aussi de la soirée passionnante avec les amis de Mustapha ceux déjà rencontrés les années précédentes comme Sidi Ahmed Zerhouni artiste et universitaire, Saci Belgat professeur d’agronomie à l’université, et celui nouveau pour nous Habib Tongour écrivain actuellement à Paris né à TigditSans_titre_14.


 








Nous sommes aussi partis à la découverte des vieux quartiers ottomans de Mostaganem…Nous avons été séduits par ces vestiges très anciens tels que des peintures, des sculptures, des porches que nous  ne pouvions découvrir qu’accompagnés par Mustapha et nos jeunes amis. En effet c’est à l’intérieur des demeures toujours habitées que nous pouvions voir de tels trésors, avec l’autorisation des personnes qui y vivent.


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Et l’école de Sayada ?

Depuis 4 années nous avions établi de bonnes relations avec cette école primaire. Mahfoud le directeur souhaitait développer des relations avec une école semblable de Limoges. Il y a eu quelques échanges entre l’école de Sayada et l’école primaire de la rue Domnolet Lafarge aux Portes Férrées (Limoges) : échanges de lettres d’enfants, de dessins de leur quartier et de leur famille, de courrier d’enseignants. Mais nous n’avons pas pu assurer un suivi régulier. Les enseignants de Limoges semblaient très preneurs de telles relations quand dans leur classe les enfants maghrébins étaient encore nombreux. Aujourd’hui ce sont davantage des enfants africains noirs et ils nous disent le peu d’intérêt pour eux de cette correspondance. A Sayada, cette année nous n’avons pas pu entrer en relation avec notre ami Mahfoud. Nos visites et nos coups de téléphones sont restés sans réponse. Nous comptons sur nos partenaires de Mostaganem pour répondre à nos interrogations.

En tout dernier nous voudrions parler de notre hébergement.

L’an passé nous avions pu être hébergés dans un appartement de la cité du 5 juillet, la cité où habite la famille Ghobrini. Cette année Karima et Mustapha nous ont trouvé le logement d’une de leurs amies, Khadija. C’est la première fois que nous bénéficions d’un tel confort, et c’est tout à fait appréciable (pour la douche, la cuisine etc…) Nous avions une grande salle de séjour pour recevoir nos amis et parfois fêter un « anniversaire » ! Mais nos aurions souhaité être plus autonomes. Khadija veillait en permanence sur nos repas, notre santé, nos chambres etc.…Tout cela partait certainement d’une grand générosité. Nous avons comme l’an passé réglé notre séjour, en remettant la somme prévue par l’Association limousine, à celle qui nous hébergeait. Pour l’avenir nous préférerions sans doute moins de confort et être vraiment indépendants pour toutes nos diverses activités que ce soit la gestion de notre quotidien ou les relations avec tous nos partenaires.

Des besoins très concrets : un besoin d'ouvrages a été clairement exprimé par Hadj comme responsable de la bibliothèque municipale de Sidi Lakhdar et par nos amis universitaires. Dans le premier cas, tout ouvrage en bon état pour enfant ou pour adulte sera le bien venu (littérature, BD, scientifique, policier, etc.). Nos amis de l'université de Mostagamen, notamment ceux de Sciences de l'Education, cherchent, eux, des ouvrages plus ciblés, de sociologie, de psychologie sociale, de philosophie (Bourdieu, Moscovici, Jodelet HervieuLéger, Michelat, Poulat, Ricoeur, Foucauld, Mauss, Webert, etc) mais aussi de méthodologie ( Quivy, statistiques appliquées aux SH) et d'épistémologie (Popper, Poincaré, Khan, Arnould, etc).

Quelques observations pour conclure :

Après ce trop rapide séjour nous nous permettons ces observations

Dans toutes nos rencontres nous nous sommes réjouis de voir la grande place prise par les jeunes. Ils se retrouvent en première ligne chez les diabétiques, le théâtre et l’office du tourisme. Ils ont soif (et les jeunes femmes en particulier) de prendre en main leur destin individuel et collectif.

Nos correspondants (l'Union des Aveugles, les Diabétiques, les Professeurs d'université, les Artistes) attendent que cette coopération entre eux et nous se poursuive. S’ils souhaitent que l’apport en matériel continue, l’apport relationnel demeure pour eux le plus important.

Alors, même si tout cela reste bien modeste, ne fautil pas continuer à jeter des passerelles entre nos deux rives, établir des traits d’union entre Limoges et Mostaganem. Nous espérons que Hadj de Sidi Lakhdar pourra, comme l’a fait en novembre denier Mustapha, nous rendre visite au mois d’avril prochain. Il est impatient de travailler avec nous autour de son livre, et des peintures faites par lui et ses amis.

La rencontre des hommes est essentielle pour se connaître, faire tomber les préjugés, partager la diversité de nos richesses culturelles. N’estce pas le sens du message?

par mail de Mustapha, quelques jours après son départ en décembre dernier : « Après quatre années de visites à Mostaganem et d’échange d’expériences avec les amis du Limousin Algérie, on peut considérer cette visite à Limoges comme une expérience réussie. Personnellement, je suis revenu très satisfait des rencontres et échanges avec les responsables et personnes rencontrées dans le cadre de la visite (brève et intense) que j’ai effectuée à Limoges. »

Dans ce même message il nous rappelait les conditions difficiles pour les citoyens algériens d’obtenir un visa pour la France et que « les nouvelles technologies pouvaient nous aider à dépasser ces difficultés et élargir le champ de la communication » Il considérait que la mise en place d’un site d’information pour « Limousin Algérie » était essentiel. Depuis des progrès ont été réalisés puisque nous disposons maintenant d’un blog pour l’association. Et nous serons toujours heureux d’avoir le journal de Mostaganem (avec des articles de presse) que nos amis se sont engagés à nous faire parvenir.

Jean Philippe et Bernard